
Faut-il avoir tout réglé dans sa vie sexuelle pour devenir sexothérapeute ?
1 nov. 2025
C’est une question que se posent énormément d’élèves en début de formation à Paris, Genève ou Bruxelles : « Suis-je légitime pour accompagner les autres si je n’ai pas tout réglé dans ma propre vie sexuelle ? ». Derrière cette interrogation se cache souvent une peur universelle : celle de ne pas être « assez bien », « pas assez guéri·e » ou « pas à la hauteur » pour recevoir la parole intime d'autrui.
Pourtant, cette croyance que le·a thérapeute doit être un être de lumière totalement libéré de ses propres ombres est non seulement injuste, mais aussi fondamentalement erronée. La sexothérapie holistique ne demande pas la perfection, elle demande de la présence et de la conscience. Explorons pourquoi vos vulnérabilités sont, paradoxalement, vos meilleurs outils de travail.
1. Personne n’a jamais “tout réglé” : la sexualité comme flux vivant
Une dimension humaine en perpétuelle mutation
La sexualité, comme toute dimension humaine, est vivante, mouvante et cyclique. Elle est influencée par les étapes de la vie (grossesse, ménopause, andropause), par les blessures du passé, les transformations relationnelles et même le contexte social. Aucun·e sexothérapeute à Lyon, Toulouse ou Montréal n’a une vie sexuelle parfaitement stable, fluide et épanouie à chaque seconde de son existence.
L'humanité du praticien comme outil de résonance
Et heureusement ! Car c’est justement cette humanité vibrante qui permet de comprendre, d’accueillir et d’accompagner les clients avec une véritable sensibilité. Croire qu’il faut tout avoir résolu pour aider, c’est confondre la perfection (qui est une forme de rigidité) avec la compétence (qui est une forme d'adaptation). Un·e thérapeute qui prétendrait n'avoir aucun défi personnel risquerait de manquer d'empathie face à la complexité des parcours qu'iel reçoit.
2. L’expérience personnelle : une richesse, pas un prérequis technique
Accompagner ce que l'on n'a pas vécu
Il n’est absolument pas nécessaire d’avoir traversé tous les troubles sexuels pour savoir les accompagner. Un·e sexothérapeute peut parfaitement soutenir un consultant dans ses difficultés d’érection, de vaginisme ou de baisse de libido sans avoir vécu ces situations dans sa propre chair. La compétence repose sur la connaissance des mécanismes psychocorporels et sur la capacité à créer une alliance thérapeutique solide.
L'exploration de soi comme gage de prudence
Cependant, avoir exploré sa propre sexualité, s’être questionné·e sur ses propres tabous et s’être confronté·e à ses zones de résistance est une richesse indéniable. Non pas pour projeter ses propres solutions sur le client, mais pour comprendre intimement combien l’intimité peut être fragile, contradictoire et effrayante. Selon les standards de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) sur la santé et les droits sexuels, la sexualité est un état d'intégration du physique et de l'émotionnel. Le fait d'être "en chemin" rend le·la sexothérapeute plus prudent·e, plus humble et infiniment plus respectueux·se de la temporalité de l'autre.
3. L’important n'est pas la destination, mais d'être en chemin
La conscience de ses propres angles morts
Ce qui compte réellement pour exercer à Bordeaux, Lille ou Namur, ce n’est pas d’avoir atteint un sommet imaginaire de "zenitude sexuelle", mais d’avoir engagé un vrai travail de connaissance de soi. Le·la sexothérapeute doit être capable de repérer ses mécanismes de défense et ses "zones sensibles".
Le rôle salvateur de la supervision
C’est ici que la supervision prend tout son sens. Elle permet de s'assurer que le·la professionnel·le ne mélange pas son histoire avec celle de la personne accompagnée. Un·e bon·ne praticien·ne ne prétend pas avoir toutes les réponses. Iel sait écouter, contenir et surtout faire la différence entre ce qui lui appartient et ce qui appartient au client. Cette lucidité est le seul véritable critère de légitimité.
4. La posture intérieure : l'éthique bien au-delà de la performance
Déconstruire le fantasme de la sexualité "idéale"
Ce qui fait la valeur d'un·e professionnel·le de l'intime, ce n’est pas une sexualité "parfaite" — une notion d'ailleurs totalement subjective et dictée par les normes sociales — mais une posture intérieure solide. Cette posture se compose de :
La capacité d’écoute active : Entendre l'indicible sans s'effondrer.
Le non-jugement radical : Accueillir toutes les pratiques et tous les désirs.
Le respect du cadre : Maintenir une distance juste qui protège les deux parties.
Une posture qui se construit dans la durée
Être à l’aise avec les silences, les larmes, les résistances ou les colères du consultant ne s'apprend pas dans les livres de physiologie. Cela s'acquiert par la pratique et par l'acceptation de sa propre faillibilité. La maturité professionnelle, c'est accepter de ne pas tout contrôler et de rester à sa juste place de facilitateur·rice.
5. Une invitation à l’authenticité : devenir un·e thérapeute "suffisamment bon·ne"
La vulnérabilité comme vecteur de sécurité
Vouloir devenir sexothérapeute sans être « parfait·e » est un acte d'authenticité. C’est justement en étant conscient·e de ses zones d’ombre et de ses limites que l’on devient crédible et sécurisant·e pour le client. Le consultant n'a pas besoin d'un modèle de perfection inatteignable, il a besoin d'un être humain capable de tenir l'espace pour sa propre transformation.
Le courage de la sincérité
Pour accompagner à Nice, Marseille ou Sherbrooke, vous n’avez pas besoin d’avoir coché toutes les cases d’un idéal érotique. Vous avez besoin de sincérité, de courage et d'une envie profonde de continuer à vous connaître tout au long de votre carrière. La formation qualifiante vous donne les outils, mais votre humanité leur donne leur puissance.

Conclusion : L'humilité comme sceau de compétence
En conclusion, la légitimité ne se décrète pas par l'absence de problèmes personnels, mais par la qualité du travail que l'on fait sur soi pour ne pas les laisser interférer dans la rencontre thérapeutique. Être sexothérapeute, c'est habiter son propre chemin avec humilité et conscience.
C’est cette maturité-là — savoir que l'on est toujours un "apprenant" de la vie — qui fait de vous un·e praticien·ne d'exception, capable de guider les autres vers leur propre vérité, sans jamais leur imposer la vôtre.