
Sexothérapie : pourquoi ce métier a besoin de plus d’hommes, et pourquoi devraient-ils oser ?
15 août 2025
Aujourd’hui, dans le paysage de la sexothérapie en France, en Belgique ou en Suisse, une réalité saute aux yeux : la très grande majorité des professionnel·les sont des femmes. Que ce soit dans les centres de formation à Paris, les supervisions à Genève ou les annuaires spécialisés à Bruxelles, les hommes sont largement minoritaires.
Selon certaines estimations du secteur de la relation d'aide, les hommes ne représenteraient que 15% à 20% des effectifs en sexothérapie. Pourquoi ce déséquilibre persistant ? Est-ce une question de compétences ou de barrières culturelles ? Il est temps d’analyser ces freins et d'encourager les hommes à s’engager dans ce métier profondément humain, utile et transformateur. La mixité n'est pas qu'une question d'équité ; elle est une nécessité pour répondre à la diversité des besoins des clients.
1. Une question de représentations et de stéréotypes à déconstruire
Le mythe du "métier de femme"
Dès les premières étapes de l'orientation professionnelle, le métier de sexothérapeute est souvent perçu – à tort – comme une extension des métiers du "care" (soin), traditionnellement associés au féminin. On l'imagine centré uniquement sur l'écoute passive, la gestion des émotions et la parole intime. Ces qualités ont été trop longtemps étiquetées comme "féminines", alors qu'elles constituent le socle de l'intelligence émotionnelle universelle.
Redéfinir la posture masculine dans le soin
Cette vision étroite empêche bien des hommes à Lyon, Toulouse ou Montréal de se projeter dans ce rôle, par peur d'être perçus comme illégitimes ou "trop sensibles". Pourtant, la sexothérapie n’a rien à voir avec un genre biologique. Elle demande :
De l’ancrage : Une présence solide pour contenir les émotions du consultant.
De la contenance : Savoir accueillir la souffrance sans fuir ni dominer.
De la neutralité : Une capacité à écouter sans projeter ses propres schémas de virilité.
Ce sont des compétences que les hommes peuvent incarner avec une singularité propre, apportant une énergie complémentaire indispensable à la pratique holistique.
2. Pourquoi la présence des hommes est-elle cruciale pour les consultants ?
Le besoin d'identification et de transfert
Les personnes en souffrance autour de leur sexualité ont parfois un besoin vital de s’identifier à leur thérapeute. Les statistiques montrent qu'une partie de la population masculine hésite à consulter par peur du jugement féminin ou par difficulté à exprimer leur vulnérabilité devant une femme.
Un homme vivant des troubles de l’érection ou de l'éjaculation prématurée.
Un individu questionnant son rapport à la virilité traditionnelle.
Un adolescent à Marseille ou Bordeaux s’interrogeant sur ses désirs émergents.
Ces clients peuvent parfois se sentir plus en confiance, ou simplement "mieux compris" dans un premier temps, par un praticien du même genre. Faute de figures masculines suffisantes dans la profession, certains se sentent isolés ou renoncent tout simplement à entamer un parcours d'accompagnement.
Apporter une diversité de récits
Plus d'hommes sexothérapeutes, c'est aussi offrir une plus grande diversité d'approches et de vécus. C’est permettre à chaque personne accompagnée de trouver la voix qui résonne avec son propre cheminement. La mixité dans une équipe de thérapeutes enrichit les échanges et permet de sortir d'une vision binaire ou uniformisée de la sexualité.
3. Déconstruire les freins culturels pour oser l'installation
La peur de la méfiance et du jugement social
Certains hommes sont attirés par la sexothérapie mais n'osent pas ouvrir leur cabinet à Nice ou Nantes. Ils craignent d'être réduits à leur propre sexualité ou de susciter une méfiance injustifiée ("Pourquoi un homme s'intéresse-t-il au sexe des autres ?"). La sexualité masculine, trop souvent associée socialement à la performance, à la pulsion brute ou au pouvoir, souffre de clichés étouffants qui pèsent sur les futurs praticiens.
Un acte de libération personnelle et politique
Devenir sexothérapeute, pour un homme, suppose de traverser ces peurs et de déconstruire ses propres injonctions à la virilité. C'est un travail exigeant de confrontation à ses zones d'ombre, mais c'est aussi un processus profondément libérateur. En s'installant comme professionnel de l'intime, l'homme pose un geste politique : il participe à un monde où les hommes sont aussi des soignants de la vulnérabilité et des alliés de l'équilibre relationnel.
4. Ce que les hommes apportent spécifiquement à la sexothérapie holistique
Incarner une virilité consciente et sensible
Les hommes qui choisissent ce métier avec éthique et conscience ont un rôle pédagogique essentiel. Ils peuvent créer des espaces sécurisants (Safe Spaces) pour d’autres hommes en quête de sens. Ils portent un discours masculin indispensable sur :
Le consentement : Expliquer le respect de l'autre depuis une perspective masculine.
La douceur et la sensualité : Montrer que la puissance ne réside pas dans la force, mais dans la résonance.
La déconstruction de la performance : Témoigner qu'une sexualité épanouie n'est pas une compétition, mais un lien.
[Lien externe vers une réflexion inspirante : Découvrir les nouveaux visages de l'accompagnement au masculin]
Une alliance nécessaire avec tous les genres
L'homme sexothérapeute ne travaille pas "contre" ou "à la place" des femmes. Il travaille avec elles, avec les personnes non-binaires et les communautés LGBTQIA+. Son regard complète la vision holistique de l'humain en apportant une compréhension des mécanismes psychologiques masculins souvent occultés par le silence ou la pudeur.

5. Un appel à l'engagement : le monde a besoin de vous
Une demande en forte croissance
Le marché de la sexothérapie est en pleine expansion. De plus en plus d'hommes souhaitent consulter mais cherchent désespérément des interlocuteurs masculins pour se sentir à l'aise. Il y a donc une opportunité professionnelle réelle, une "niche" à occuper pour les hommes sérieux et formés. Que ce soit en cabinet libéral ou en visioconférence pour toucher la Francophonie mondiale, les débouchés sont nombreux.
Oser la vulnérabilité pour devenir un expert
La sexothérapie n'est pas un territoire réservé. C'est un espace d'exploration et de transformation. Si vous ressentez cet appel, si vous êtes prêt à écouter, à apprendre et à vous remettre en question, vous avez votre place. Le monde n'a pas besoin de thérapeutes parfaits, il a besoin de thérapeutes entiers, capables de reconnaître leur propre humanité pour mieux accompagner celle des autres.
Conclusion : Vers une sexothérapie paritaire et inclusive
En somme, encourager les hommes à devenir sexothérapeutes est un enjeu majeur pour l'avenir de la discipline. En brisant les tabous et les plafonds de verre culturels, nous permettons à la sexothérapie de devenir ce qu'elle doit être : un espace de soin universel, représentatif de toute l'humanité.
Si vous êtes un homme et que vous hésitez encore, sachez que votre regard, votre voix et votre présence sont attendus. Oser la sexothérapie, c'est choisir un métier qui a du sens, où chaque consultation contribue à une société plus apaisée et plus respectueuse de l'intime.